Le chantier

Micro-entreprise, EURL ou SASU : quel statut pour un indépendant en 2026

Ce qu'il vous reste vraiment dans chaque statut, la protection sociale que vous achetez avec vos cotisations, et le moment où quitter la micro-entreprise devient rentable.

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Le relevé

Vérifié le
Trois faits vérifiés, avec leur valeur et leur source datée
FaitValeurSource
Cotisations sociales du gérant majoritaire d'EURL (travailleur non salarié), ordre de grandeur rapporté à la rémunération nette≈ 45 % du netURSSAF, cotisations des travailleurs indépendants, 6 septembre 2026
Charges sociales totales (salariales et patronales) du président de SASU, assimilé salarié sans assurance chômage, ordre de grandeur rapporté au net≈ 80 % du netURSSAF, employeur, 6 septembre 2026
Impôt sur les sociétés : taux réduit sur les 42 500 premiers euros de bénéfice, taux normal au-delà15 % puis 25 %service-public.gouv.fr, 6 septembre 2026

En clair

Tant que votre chiffre d'affaires reste sous les plafonds et que vos frais réels sont faibles, la micro-entreprise est presque toujours la plus simple et la moins chère. Au-delà, ou dès que vos charges dépassent l'abattement forfaitaire, la société devient intéressante : l'EURL coûte moins cher en cotisations, la SASU protège mieux mais coûte plus si vous vous versez un salaire, et l'écart se joue sur l'arbitrage rémunération ou dividendes et sur votre protection sociale, pas sur le nom du statut.

Les trois statuts en un tableau

CritèreMicro-entrepriseEURLSASU
CréationGratuite en ligne, quelques joursStatuts, dépôt de capital, annonce légale, immatriculation : 200 à 400 € en ligneIdem EURL, souvent un peu plus cher
ComptabilitéLivre des recettesComptes annuels, liasse fiscaleComptes annuels, liasse fiscale
Cotisations sociales12,3 % à 25,6 % du chiffre d’affaires≈ 45 % de la rémunération nette (TNS)≈ 80 % du net (assimilé salarié)
ImpôtIR sur le CA après abattement, ou versement libératoireIS (15 % puis 25 %) ou option IRIS (15 % puis 25 %) ou option IR 5 ans
DividendesSans objetPFU 30 % + cotisations au-delà de 10 % du capitalPFU 30 %, sans cotisations
Protection socialeTNS, indemnités journalières sous conditionsTNSRégime général sans chômage
RetraiteFaible, proportionnelle au CACorrecte, à cotisations plus faiblesMeilleure à rémunération égale, plus chère
Patrimoine personnelProtégé par défaut depuis 2022Protégé (responsabilité limitée aux apports)Protégé
Plafond de chiffre d’affaires83 600 € services, 203 100 € venteAucunAucun

Quand la micro-entreprise cesse d’être la bonne réponse

La micro-entreprise n’est pas un statut « de débutant », c’est un régime fiscal et social simplifié. Il reste le meilleur tant que trois conditions tiennent :

  1. vos frais réels sont inférieurs à l’abattement forfaitaire (34 % en libéral, 50 % en services commerciaux, 71 % en vente) : au-delà, vous payez de l’impôt sur des dépenses que vous ne pouvez pas déduire ;
  2. vous restez loin du plafond : 83 600 € en services, 203 100 € en vente ;
  3. vous travaillez seul, sans investissement lourd ni associé.

Dès qu’une de ces conditions casse, faites le calcul dans le simulateur micro, EURL ou SASU : il donne l’ordre de grandeur de ce qu’il vous reste dans chaque statut, à partir de votre chiffre d’affaires et de vos charges.

EURL ou SASU : où se joue l’écart

Les deux sociétés se ressemblent (un associé unique, responsabilité limitée, impôt sur les sociétés) et diffèrent sur le statut social du dirigeant.

Le gérant d’EURL est travailleur non salarié. Ses cotisations représentent environ 45 % de sa rémunération nette : moins cher, avec une protection sociale correcte mais une retraite plus faible. Ses dividendes au-delà de 10 % du capital social supportent les mêmes cotisations que la rémunération.

Le président de SASU est assimilé salarié. Ses cotisations, salariales et patronales, représentent environ 80 % du net : plus cher, avec une meilleure retraite et une couverture maladie du régime général, mais sans assurance chômage. Ses dividendes ne supportent que le prélèvement forfaitaire unique de 30 %.

En pratique :

  • si vous voulez vous verser une rémunération régulière, l’EURL laisse davantage dans la poche ;
  • si vous pouvez vivre d’une rémunération faible et distribuer le reste en dividendes, la SASU devient compétitive, surtout au-delà de 60 000 € de bénéfice ;
  • si vous prévoyez d’ouvrir le capital à des investisseurs, la SASU (qui devient SAS) est la norme.

La rémunération et les dividendes

Dans une société à l’impôt sur les sociétés, votre revenu passe par deux robinets :

RémunérationDividendes
Déductible du bénéfice de la sociétéOuiNon (versés après IS)
Cotisations socialesOui (45 % ou 80 % du net selon le statut)Non en SASU ; oui en EURL au-delà de 10 % du capital
Impôt du dirigeantBarème de l’IRPFU 30 % (ou barème sur option)
Droits sociaux (retraite, maladie)OuiAucun
DisponibilitéChaque moisUne fois par an, après clôture

Le tout-dividendes est une fausse bonne idée : zéro rémunération, c’est zéro trimestre de retraite et zéro indemnité journalière. La plupart des dirigeants combinent une rémunération suffisante pour valider quatre trimestres et une distribution du solde.

Changer de statut : dans quel ordre

  1. Faites chiffrer le passage par un expert-comptable, sur vos chiffres de l’année écoulée et de l’année à venir.
  2. Créez la société (statuts, dépôt de capital, annonce légale, immatriculation au guichet unique).
  3. Transférez l’activité : apport ou cession du fonds, contrats clients, nom commercial, matériel.
  4. Ouvrez le compte pro de la société, mettez à jour votre RIB partout, votre SIREN sur vos factures.
  5. Déclarez la cessation de la micro-entreprise, après le dernier encaissement.

Comptez un à deux mois et, la première année, un coût comptable de 70 à 150 € HT par mois pour une petite société : c’est le prix d’entrée à intégrer dans le calcul.

Questions fréquentes

À partir de quel chiffre d'affaires faut-il quitter la micro-entreprise ?
Il n'y a pas de seuil universel. Trois signaux : vos frais réels dépassent l'abattement forfaitaire (34 %, 50 % ou 71 % selon l'activité), vous approchez du plafond (83 600 € en services) ou vous voulez vous associer, investir ou protéger votre patrimoine. En dessous de 40 000 € de CA en services avec peu de frais, la micro reste presque toujours gagnante.
EURL ou SASU, lequel coûte le moins cher ?
L'EURL, à rémunération égale : les cotisations du gérant TNS représentent environ 45 % du net contre environ 80 % pour le président de SASU assimilé salarié. La SASU reprend l'avantage si vous vous rémunérez surtout en dividendes, soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 % sans cotisations sociales, là où les dividendes d'EURL au-delà de 10 % du capital supportent des cotisations.
Ai-je droit au chômage en SASU ?
Non. Le président de SASU est assimilé salarié pour la maladie et la retraite, mais il ne cotise pas à l'assurance chômage et n'y a pas droit. Aucun des trois statuts ne donne droit au chômage sur les revenus de l'activité ; en revanche, vous pouvez conserver vos droits antérieurs (ARE) sous conditions pendant la création.
Peut-on passer de micro-entreprise à société sans tout recommencer ?
Oui, mais ce n'est pas une transformation : vous créez une société, vous lui apportez ou lui cédez votre fonds (clientèle, matériel, nom), puis vous cessez la micro-entreprise. Prévoyez la continuité des contrats clients, le changement de RIB et de SIREN, et un accompagnement comptable pour l'apport.
L'entreprise individuelle au réel est-elle encore utile ?
Oui pour ceux qui dépassent l'abattement forfaitaire sans vouloir de société : vous déduisez vos frais réels et gardez le régime social des indépendants (TNS), avec le patrimoine personnel protégé par défaut depuis 2022. C'est souvent l'étape intermédiaire entre la micro et l'EURL.