Le chantier
Facturation électronique : ce qui change pour les indépendants et les TPE
Réception obligatoire depuis le 1er septembre 2026, émission au 1er septembre 2027 pour les micro et TPE : dates, plateformes agréées, coût réel, et quoi faire cette semaine.
Le relevé
Vérifié le| Fait | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Réception des factures électroniques obligatoire pour toutes les entreprises assujetties à la TVA, y compris en franchise en base | depuis le 1er sept. 2026 | impots.gouv.fr, 6 septembre 2026 |
| Émission obligatoire pour les micro-entreprises, TPE et PME, sur les ventes à des professionnels établis en France | 1er sept. 2027 | impots.gouv.fr, 6 septembre 2026 |
| Plateformes agréées immatriculées par l'administration, dont plusieurs gratuites pour les indépendants | 150 au 31 août 2026 | DGFiP, liste des plateformes agréées, 6 septembre 2026 |
En clair
Oui, vous êtes concerné, même en micro-entreprise sans TVA. Depuis le 1er septembre 2026, vous devez pouvoir recevoir les factures électroniques de vos fournisseurs : il suffit d'avoir choisi une plateforme agréée, souvent gratuite. À partir du 1er septembre 2027, vous devrez aussi émettre vos factures à vos clients professionnels français par cette plateforme. Les factures aux particuliers et à l'étranger restent classiques, mais leurs montants sont transmis à l'administration (e-reporting).
Qui est concerné, et depuis quand ?
Toutes les entreprises établies en France et assujetties à la TVA, quelle que soit leur taille ou leur statut : micro-entreprise, entreprise individuelle, EURL, SASU, SAS, SARL, association assujettie. La réforme s’applique aux ventes entre professionnels établis en France (le « B2B domestique »).
Le calendrier se lit en deux colonnes : recevoir et émettre.
| Vous êtes | Recevoir des factures électroniques | Émettre des factures électroniques |
|---|---|---|
| Micro-entreprise, entreprise individuelle, TPE, PME (moins de 250 salariés) | Depuis le 1er septembre 2026 | À partir du 1er septembre 2027 |
| ETI (250 à 4 999 salariés) et grande entreprise | Depuis le 1er septembre 2026 | Depuis le 1er septembre 2026 |
« Recevoir » signifie être inscrit, via une plateforme agréée, dans l’annuaire national qui permet à vos fournisseurs de vous adresser leurs factures. Si vous n’avez rien fait, vos fournisseurs qui émettent déjà électroniquement ne peuvent techniquement pas vous facturer correctement.
Micro-entrepreneur en franchise de TVA : concerné aussi ?
Oui, et c’est le point que beaucoup de sites ont mal expliqué en 2025. La franchise en base vous dispense de collecter la TVA ; elle ne vous retire pas la qualité d’assujetti. Vous êtes donc dans le périmètre de la réforme, aux mêmes dates que les autres TPE.
Concrètement, si vous facturez des entreprises françaises, vos factures devront transiter par une plateforme agréée à partir du 1er septembre 2027. Si vous ne facturez que des particuliers, vous n’émettrez pas de factures électroniques, mais vous transmettrez chaque mois ou chaque trimestre le total de vos ventes (e-reporting), et vous devez dès maintenant pouvoir recevoir les factures de vos fournisseurs.
Qu’est-ce qu’une plateforme agréée ?
Une plateforme agréée (PA, anciennement « plateforme de dématérialisation partenaire » ou PDP) est un opérateur privé immatriculé par la Direction générale des Finances publiques pour émettre, transmettre et recevoir les factures électroniques, et pour envoyer les données d’e-reporting à l’administration. Au 31 août 2026, l’administration en recense 150.
Le portail public de facturation, un temps annoncé comme solution gratuite pour tous, ne joue plus ce rôle depuis la décision d’octobre 2024 : il tient l’annuaire et concentre les données, mais chaque entreprise doit choisir une plateforme privée. Trois familles d’acteurs se sont fait immatriculer :
- les logiciels de facturation et de comptabilité pour indépendants (Abby, Tiime, Indy, Freebe, Henrri, Pennylane et d’autres), les plus simples pour une micro-entreprise ;
- les éditeurs d’ERP et de gestion (Sage, Cegid, EBP, Axonaut, Sellsy…), pour les TPE et PME déjà équipées ;
- les spécialistes de l’échange de données (EDI), pour les gros volumes et les grands comptes.
La liste officielle est publiée sur impots.gouv.fr et republiée en données ouvertes ; Franc Pro en tient une version lisible et filtrée par type d’entreprise.
Combien ça coûte ?
De zéro à quelques dizaines d’euros par mois, selon ce que vous attendez de l’outil au-delà de la conformité.
| Besoin | Ordre de grandeur | Exemples au 6 septembre 2026 |
|---|---|---|
| Émettre et recevoir des factures conformes, facturation simple | 0 € | Abby, Tiime, Indy (offres gratuites) |
| Facturation + comptabilité + déclarations | 10 à 30 € HT/mois | Offres payantes des mêmes éditeurs, Freebe, Henrri |
| Gestion complète d’une société (banque, compta, paie) | 30 à 100 € HT/mois | Pennylane, Axonaut, Sellsy |
Attention à un piège de vocabulaire : « compatible avec la réforme » ne veut pas dire « plateforme agréée ». Un logiciel peut se dire compatible parce qu’il transmet vos factures à une plateforme agréée tierce. Vérifiez le nom de l’opérateur dans la liste officielle.
Que devient une facture PDF envoyée par mail ?
Elle reste valable pour vos clients particuliers et pour vos clients établis à l’étranger. Pour vos clients professionnels français, elle ne suffira plus à partir du 1er septembre 2027 : la facture devra être un fichier structuré (Factur-X, qui est un PDF lisible contenant des données XML, ou un format purement XML comme UBL ou CII), déposé sur votre plateforme agréée, qui la remet à celle de votre client.
Ce que ça change dans votre quotidien : vous ne choisissez plus « par où » envoyer la facture. Vous la créez dans votre outil, il l’achemine, et vous savez quand elle a été reçue, refusée ou payée.
Factures aux particuliers et à l’étranger : l’e-reporting
Pour les opérations hors du périmètre (ventes à des particuliers, ventes à des entreprises étrangères, prestations dont la TVA est exigible à l’encaissement), la réforme ne demande pas une facture électronique mais une transmission de données : montants, TVA, et pour les prestations de services, données de paiement. C’est votre plateforme agréée qui s’en charge, au même calendrier que l’émission (1er septembre 2027 pour les micro, TPE et PME).
Si vous êtes en franchise de TVA, l’e-reporting existe aussi, allégé. Votre logiciel le fera à partir de vos factures ou d’un relevé de caisse ; vous n’avez rien à ressaisir.
Les mentions qui s’ajoutent sur vos factures
Quatre mentions sont devenues obligatoires avec la réforme, en plus des mentions classiques (numéro, date, identités, désignation, prix, TVA) :
- le numéro SIREN de votre client professionnel ;
- l’adresse de livraison des biens, si elle diffère de l’adresse de facturation ;
- la nature de l’opération : livraison de biens, prestation de services, ou les deux ;
- la mention de l’option pour le paiement de la TVA d’après les débits, si vous l’avez choisie.
Un logiciel de facturation à jour les gère seul. Si vous facturez encore sous Word ou Excel, c’est le moment d’arrêter.
Quoi faire cette semaine
- Vérifiez si vous êtes concerné et à quelle date avec le simulateur : trois questions, une réponse datée.
- Choisissez une plateforme agréée dans la liste officielle. Si vous êtes en micro-entreprise, une offre gratuite orientée indépendants suffit dans la grande majorité des cas.
- Créez votre compte et vérifiez votre inscription à l’annuaire : c’est ce qui vous rend « joignable » par vos fournisseurs.
- Passez vos modèles de facture dans l’outil, avec les quatre nouvelles mentions.
- Prévenez vos clients professionnels réguliers que vos factures arriveront désormais par leur plateforme, et demandez-leur laquelle ils utilisent.
- Notez la date du 1er septembre 2027 : c’est celle à partir de laquelle une facture émise hors plateforme à un client professionnel n’est plus conforme.
Les sanctions
L’administration a prévu une amende de 15 € par facture non émise sous forme électronique, plafonnée à 15 000 € par an, et de 250 € par transmission d’e-reporting manquante, plafonnée aussi à 15 000 € par an. Une première infraction dans l’année ne donne pas lieu à amende.
Le risque réel est ailleurs : un client dont la plateforme n’a pas reçu votre facture ne peut pas la traiter, et vous êtes payé en retard. La conformité est surtout une question de trésorerie.
Questions fréquentes
- Je suis micro-entrepreneur en franchise de TVA, suis-je vraiment concerné ?
- Oui. La franchise en base vous dispense de facturer la TVA, mais vous restez assujetti à la TVA au sens du code général des impôts. Vous devez donc pouvoir recevoir des factures électroniques depuis le 1er septembre 2026 et en émettre à vos clients professionnels français à partir du 1er septembre 2027.
- Je ne facture que des particuliers : est-ce que ça me concerne ?
- Pas pour l'émission : une facture à un particulier n'a pas à passer par une plateforme agréée. Vous devez en revanche pouvoir recevoir les factures électroniques de vos fournisseurs, et, à partir du 1er septembre 2027, transmettre les montants de vos ventes aux particuliers à l'administration via l'e-reporting.
- Un PDF envoyé par mail est-il une facture électronique ?
- Non. Une facture électronique au sens de la réforme est un fichier structuré (Factur-X, UBL ou CII) émis, transmis et reçu par une plateforme agréée, qui l'enregistre dans l'annuaire de l'administration. Un PDF par mail reste possible pour vos clients particuliers et étrangers.
- Combien ça coûte ?
- Entre zéro et quelques dizaines d'euros par mois. Plusieurs plateformes agréées orientées indépendants proposent la facturation électronique dans une offre gratuite (Abby, Tiime, Indy, par exemple, d'après leurs pages tarifaires au 6 septembre 2026). Les offres payantes ajoutent la comptabilité, les relances ou le multi-utilisateurs.
- Que risque-t-on si on ne le fait pas ?
- Une amende de 15 € par facture non émise au format électronique, plafonnée à 15 000 € par an, et de 250 € par transmission d'e-reporting manquante, plafonnée elle aussi à 15 000 € par an. La première infraction dans l'année n'est pas sanctionnée. Le vrai risque, c'est surtout un client qui ne peut plus vous payer parce que sa plateforme n'a pas reçu votre facture.